Livre Maths : Plaisir & Réussite, écrit par Christophe et Gaston Ternes.
Fruit de deux années de travail, cet ouvrage a pour objectif non seulement de faire comprendre les mathématiques, mais surtout de les faire découvrir avec plaisir.
Trop d’élèves perçoivent les maths comme une barrière. Ce nouveau manuel souhaite être à la fois une aide, une source d’inspiration et un outil ludique pour les élèves, les parents et le personnel enseignant.
Il s’adresse aux élèves de septième du système scolaire luxembourgeois ainsi qu’aux élèves des sections francophones des Écoles européennes (niveau S1), mais aussi aux élèves de Belgique et de France (1ʳᵉ année du secondaire).
Par ailleurs, il constitue également une ressource utile pour les classes supérieures, afin de rafraîchir les connaissances de base.
Ce qui rend Maths : Plaisir & Réussite unique :
Plus de 500 exercices résolus en théorie des ensembles, arithmétique, algèbre et géométrie
Résumés en ligne pour un apprentissage autonome
Phénomènes issus du quotidien et de la nature
Sources d’inspiration pour les enseignants
Aide concrète pour les parents dans l’accompagnement à domicile
Tous les trois ans, l’OCDE publie l’étude PISA, qui compare les performances des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences, et établit des classements internationaux. Le Luxembourg participera de nouveau après six ans d’absence, et les résultats de cette session sont attendus pour fin 2026. C’est le moment idéal, selon Gaston Ternes, pour s’interroger sur la pertinence et la fiabilité de ces comparaisons.
PISA se veut scientifique, neutre et comparable à l’échelle mondiale. Pour garantir cette objectivité, des critères stricts sont appliqués : chaque élève doit passer le test dans la langue officielle de son enseignement. Au Luxembourg, cela signifie l’allemand ou le français dans les écoles nationales, et l’anglais dans les écoles internationales.
Mais les participants doivent choisir une seule langue pour l’ensemble du test. Les deux tiers des élèves luxembourgeois optent pour l’allemand, et doivent résoudre les exercices de mathématiques dans cette langue, alors que cette matière est enseignée en français depuis trois ans. Cette situation révèle combien les critères de l’OCDE sont éloignés de la réalité du système éducatif luxembourgeois, où la relation entre langue et compétence est bien plus complexe.
Des ajustements statistiques ne suffisent pas à compenser ce décalage. Dans la plupart des pays, la langue d’enseignement coïncide avec la langue maternelle ; au Luxembourg, ce n’est pas le cas. Nos élèves ne sont pas moins compétents, mais ils rencontrent davantage de difficultés à comprendre les textes dans la langue du test. PISA mesure donc surtout la compétence linguistique, et non la performance disciplinaire.
Soyons clairs : pour PISA, le multilinguisme est perçu comme un handicap, alors qu’il constitue l’une de nos plus grandes forces. Les élèves capables de passer spontanément d’une langue à l’autre développent flexibilité cognitive, pensée en réseau et aptitude à comparer – autant de compétences essentielles dans une éducation moderne et tournée vers le monde.
Le Luxembourg ne devrait pas se contenter d’être évalué par l’OCDE, mais participer activement à l’évolution de ces études. Les tests PISA devraient permettre de choisir librement la langue selon la matière ou la section. L’évaluation de l’utilisation compétente de plusieurs langues devrait devenir obligatoire, et non limitée à des modules facultatifs qui n’influencent pas le classement. Mieux encore : la capacité à utiliser plusieurs langues de manière flexible devrait devenir un indicateur central.
PISA pourrait ainsi devenir pour le Luxembourg un véritable laboratoire pour l’avenir de l’apprentissage. Une méthodologie adaptée montrerait que penser en plusieurs langues n’est pas un désavantage, mais un atout. Utiliser plusieurs langues dans une matière, en plus de la langue d’enseignement, pourrait transformer la langue en outil plutôt qu’en barrière.
C’est une piste essentielle pour le Luxembourg : montrer que compétence ne signifie pas penser dans une seule langue, mais naviguer avec aisance entre plusieurs.
Au Luxembourg, l’école montre aujourd’hui deux visages. D’un côté, l’école nationale avec sa tradition trilingue : luxembourgeois, allemand, français. De l’autre, les écoles internationales, organisées sur le modèle des écoles européennes. Deux systèmes. Deux mondes. Mais une question centrale demeure : quel avenir voulons-nous pour nos enfants ? C’est à cette question que Gaston Ternes consacre cette carte blanche.
La coexistence des écoles nationales et internationales reflète la réalité du pays : plus de la moitié des habitants n’ont aujourd’hui pas la nationalité luxembourgeoise. De nombreuses familles ne restent que peu de temps au Luxembourg. Les écoles internationales offrent dans ce contexte sécurité et continuité.
Mais la réalité est plus complexe. L’école nationale n’est plus simplement trilingue, elle est devenue quadrilingue : l’anglais y occupe une place de plus en plus importante, et les jeunes doivent répondre à des exigences élevées dans quatre langues. Parallèlement, de plus en plus d’enfants ne parlent à la maison ni luxembourgeois, ni français, ni allemand. Ce qui est perçu comme une richesse peut vite devenir un obstacle lorsque la langue complique l’apprentissage.
La création de nouvelles écoles internationales répond directement à des besoins concrets. Mais ne risquons-nous pas, ce faisant, de renforcer l’existence de deux systèmes qui s’éloignent toujours davantage l’un de l’autre ?
Demain, les jeunes se rencontreront dans les entreprises, les institutions ou les associations. Mais auront-ils encore une langue commune ?
Nous sommes aujourd’hui à un carrefour. Allons-nous laisser ces deux systèmes évoluer simplement en parallèle ? Ou aurons-nous le courage d’élaborer une vision commune – une école qui construit des ponts ?
Nous avons besoin d’écoles où les enfants des deux systèmes apprennent ensemble et grandissent culturellement côte à côte. Il ne s’agit ni d’abolir les écoles internationales, ni de copier l’école publique, ni de dénigrer l’un ou l’autre système. Non : il s’agit de dépasser la séparation actuelle, de créer des partenariats entre les établissements, de développer des programmes d’échanges scolaires, des ressources pédagogiques communes et une harmonisation de larges parties des programmes. Les mathématiques, les sciences, le sport, l’art ou la musique pourraient être alignés sans grandes difficultés. Chaque système pourrait apprendre des approches pédagogiques de l’autre. Les jeunes des deux filières pourraient collaborer en ligne.
Mais surtout, il est essentiel de renforcer la mobilité entre les deux systèmes – sans rupture, sans désavantage. Cela suppose des règles claires de reconnaissance réciproque des matières. Des ponts doivent être construits, dans les deux sens, avec des phases ou des années de transition.
Car il en va de bien plus que de l’éducation. Il en va de la cohésion sociale de notre pays. L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage. Elle est le cœur vivant de notre société. Elle doit être un espace de rencontre entre les cultures. Les enfants doivent y apprendre non seulement pour eux-mêmes, mais aussi les uns avec les autres et les uns des autres.
L’avenir s’écrit à l’école. Pas demain. Pas après-demain. Mais aujourd’hui.
Le paysage éducatif au Luxembourg a connu des changements significatifs ces dernières années. Avec l’introduction des centres de compétences, des écoles publiques européennes et de l’alphabétisation en français, le système éducatif répond à une diversité sociétale de plus en plus marquée. Dans cette carte blanche, Gaston Ternes partage son analyse personnelle des conclusions du récent rapport sur l’éducation.
Deux priorités majeures du rapport 2024 sont le renforcement de l’éducation précoce et la généralisation de l’alphabétisation en français.
Que signifie cela concrètement ? Il est avéré que le vocabulaire des enfants de six ans varie fortement, allant de 500 à 13 000 mots. Les enfants ayant un vocabulaire restreint ont ensuite peu de chances de réussir leur parcours scolaire, à moins qu’une intervention ciblée ne soit mise en place. Renforcer l’éducation précoce signifie donner une nouvelle mission aux crèches et aux maisons relais : amener progressivement les enfants à un bon niveau linguistique. Ne serait-il pas pertinent d’impliquer du personnel spécialisé pour accompagner ce processus dès le départ ? L’objectif est de les préparer de manière optimale à l’alphabétisation, qu’elle soit en allemand ou en français.
Une autre priorité du rapport est le développement des écoles publiques européennes. Celles-ci permettent aux élèves de choisir leur langue maternelle comme langue principale et d’apprendre une deuxième langue aux niveaux 2, 3 ou 4. Il est important de noter que, pour utiliser activement une langue dans un processus d’apprentissage, le niveau 2 est le minimum requis.
Les écoles européennes sont attractives car elles proposent un parcours scolaire complet – primaire et secondaire – en seulement 5 + 7 ans, soit une année de moins que le système national. Elles acceptent également les élèves du sixième cycle scolaire (Cycle 4.2) qui n’ont pas été admis dans le parcours classique, mais ne les préparent ensuite qu’au Baccalauréat européen. Ce système ne devrait-il pas également proposer des voies d’apprentissage pratiques, étant donné que le profil des élèves devient de plus en plus hétérogène ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir les élèves qui ne répondent pas aux exigences du secondaire classique chercher des opportunités à l’étranger ?
Cela met en lumière un problème central des deux systèmes, tant national qu’européen. Les compétences manuelles devraient être intégrées dès l’âge de six ans au même titre que les langues et les mathématiques dans les programmes scolaires, afin d’identifier les talents et de développer les compétences. L’erreur du système actuel est de considérer l’artisanat uniquement comme un plan de secours en cas d’échec du parcours classique ! Pourtant, il devrait être valorisé comme une orientation moderne, innovante et précieuse pour tous.
De nombreuses études montrent que la combinaison de la manipulation pratique et de l’apprentissage théorique ne renforce pas seulement la capacité de concentration des élèves, mais rend également l’enseignement plus efficace.
Une révision des programmes dans ce sens est plus que jamais nécessaire ! Combien de temps allons-nous encore attendre ?
Le thème du bénévolat est bien documenté depuis des années, tant au niveau national qu’international. Partout dans le monde, on observe cependant une diminution de la volonté de faire du bénévolat. Quelle est la situation du bénévolat au Luxembourg ? C’est ce thème que Gaston Ternes aborde avec cette « carte blanche ».
L’accord de gouvernement actuel contient deux pages sur un plan d’action pour le bénévolat. C’est bien ! Le fait est que le bénévolat est en baisse dans tous les pays. Aux Etats-Unis, par exemple, le Bureau of Labor Statistics rapporte que le taux est passé de 29% en 2005 à 23% après COVID. Pour le Luxembourg, le Statec a confirmé en septembre dernier que 35% des résidents font du bénévolat.
Le bénévolat a une composante plus importante que le maintien des services essentiels à la communauté et l’organisation d’activités. Il existe une corrélation positive statistiquement significative entre la cohésion sociale et la volonté de faire du bénévolat. En d’autres termes, plus de bénévolat équivaut à plus de démocratie.
Il convient de noter ces résultats dans le contexte de la récente étude POLINDEX 2024. Elle montre un changement évident dans notre société. Depuis 2018, elle est devenue de plus en plus matérialiste. « Même un régime technocratique et autoritaire serait acceptable, tant que la politique me profite personnellement », résume le professeur Poirier de l’Université du Luxembourg. Le bénévolat peut être un moteur pour un meilleur fonctionnement de la démocratie. Il enseigne les bonnes attitudes et les bons comportements : le respect des autres, l’égalité des droits, la prise de responsabilité.
Comment rendre le volontariat plus visible ? Le modèle rwandais « Umuganda » ne pourrait pas être appliqué tel quel chez nous,. L’ « Umuganda » est organisé par l’État et n’est pas volontaire. Mais nous pouvons nous inspirer de cette idée. « Umuganda », traduit du kinyarwanda en français, signifie “se réunir pour atteindre un objectif commun”. Une fois par mois, les habitants du Rwanda s’engagent à réaliser des travaux communautaires dans leur district.
Pourquoi ne pas introduire cette idée au Luxembourg le 5 décembre, à l’occasion de la Journée internationale du bénévolat? Ne serait-ce pas une excellente journée pour des activités communes, pour l’implication des écoles et des associations ? Nous pourrions ainsi ancrer le volontariat dans notre société. Gabriela Civico, directrice du Centre pour le volontariat européen, met l’accent sur la priorité actuelle: « Le volontariat n’est pas un sujet nouveau, mais nous voulons qu’il occupe une meilleure place dans l’ordre des priorités ». Espérons que ces 2 minutes 30 auront mis en lumière le fait qu’elle a raison.
La pétition 3176, déposée le 4 novembre au Parlement, a recueilli 4775 signatures : elle vise à interdire les smartphones de manière générale dans l’enceinte des écoles. Les pétitions sont à la mode. A ce sujet, une carte blanche de Gaston Ternes.
Les pétitions sont positives en soi : elles donnent au citoyen engagé la possibilité d’exprimer publiquement son opinion, et ceci au Parlement, l’institution des représentants élus qui décident pour nous dans notre démocratie parlementaire.
Une question me taraude l’esprit: est-ce que tout est toujours noir ou blanc, sans nuances ? Le débat actuel sur l’interdiction générale des téléphones portables dans les écoles me fait réfléchir : suffit-il de répondre par « bon » ou « mauvais » à des questions complexes ayant trait à l’éducation? Cela n’a aucun sens d’interdire totalement les téléphones portables. De même, cela n’a pas de sens d’autoriser le téléphone portable en permanence et partout ! Le sujet ne s’inscrit tout simplement pas dans une optique binaire, soit 0 ou 1. « Les médias doivent être enseignés et non diabolisés », résumait récemment le psychiatre Serge Tisseron. Les médias ont besoin de règles, qui doivent être enseignées aussi bien en famille qu’à l’école.
Ces derniers temps, les questions relatives à l’école, sont pratiquement toujours abordées sous un simple angle de « bon ou mauvais » : les écoles internationales ou les écoles luxembourgeoises, par exemple, sans saisir l’occasion d’échanger systématiquement sur les « meilleures pratiques » des deux systèmes!
De nos jours, tout le monde peut communiquer instantanément. Cela se résume souvent à un simple « pouce vers le haut » ou un « pouce vers le bas », voire un emoji pour exprimer rapidement un sentiment. Les nuances passent à la trappe. La complexité de la question est négligée. Aucune recherche de compromis. Pourquoi cette tendance à notre époque… ?
L’une des raisons est certainement l’omniprésence des bulles de filtrage, aussi bien dans les moteurs de recherche que dans les médias sociaux. Nos messages sont filtrés. Ils sont adaptés à notre profil. Nous ne voyons que des commentaires unilatéraux et des informations qui correspondent exactement à nos intérêts ; l’algorithme ne nous informe pas sur la position adverse.
Si vous n’êtes confronté(e) qu’à votre propre opinion, si vous êtes toujours confirmé(e), alors vous vivez dans une confortable bulle d’opinion. L’activiste américain Eli Pariser nous avait déjà mis en garde en 2011 dans son livre « The Filter Bubble : What the Internet is hiding from you ».
Ma première question en soulève des nouvelles : Tolérons-nous simplement que des acteurs majeurs peu scrupuleux d’Internet et des médias sociaux sacrifient toute diversité d’opinion sur l’autel de leur profit ? Ne serait-il pas temps de prendre le contre-pied, à la fois par une explication cohérente du fonctionnement des bulles de filtrage et par un entraînement actif au « débat », de préférence dans le même espace réel ?
Notre société s’effondre, … et personne ne s’en rend compte ?
Notre quotidien est de plus en plus marqué par l’intolérance, les jugements prématurés, les fausses nouvelles et les agressions verbales. Les réseaux sociaux en sont un exemple quotidien. Aucune tranche d’âge n’est épargnée. Ajoutez à cela l’agitation, le stress et les soucis financiers. Notre société toute entière est-elle en train de déraper, … et personne ne le remarque ? Quel est le rôle de la politique ? Gaston Ternes répond à cette question dans sa Carte Blanche.
Le sujet d’aujourd’hui n’est pas spécifiquement luxembourgeois, il concerne notre société dite « occidentale », la manière dont nous vivons ensemble, la manière dont la politique l’accompagne. Je vais choisir, parmi une panoplie, 2 exemples très extrêmes, de la manière dont la politique régule dans le premier cas, capitule dans le second !
La Grande-Bretagne vient d’adopter une loi visant à expulser les demandeurs d’asile vers le Rwanda. Il y a deux ans, Charles III, alors encore prince de Galles, avait qualifié ce projet de loi de « terrible idée ». Il a signé la loi en tant que roi fin avril de cette année.
On est irrité qu’il y ait aussi des voix au sein de la communauté européenne qui acceptent cette solution inhumaine. Il y a une semaine, le chancelier autrichien Karl Nehammer vantait ce « modèle rwandais » britannique ! Comment des personnes censées représenter les valeurs démocratiques peuvent-elles prendre des décisions aussi inhumaines ? Aucun partisan de cette idée ne s’intéresse à la situation au Rwanda lui-même, car ce pays est confronté à son propre problème de réfugiés. Des centaines de milliers de réfugiés rwandais souhaitent depuis des années retourner dans leur pays d’origine. Personne ne parle du taux de chômage dramatique au Rwanda.
Citons un autre exemple très différent du premier: la santé mentale de nombreux enfants et jeunes en Europe occidentale n’est pas bonne. L’agitation des enfants se répercute sur la salle de classe. A l’école, de plus en plus de «mesures spécifiques» sont nécessaires pour accompagner les enfants aux comportements inadéquats. Je ressens ces mesures comme des pansements, sans entrer dans les vraies causes.
L’âge moyen auquel les enfants sont exposés pour la première fois à des images pornographiques est désormais de 10 ans ! L’accès aux clips vidéo et aux films d’une extrême violence est illimité. Bien trop rapidement, les enfants sont confrontés aux réseaux sociaux, qui les exposent à la dictature du regard de l’autre et aux critiques destructrices. La politique ici est « aux abonnements absents ». Elle ne réglemente pas.
Au fil des décennies, les gouvernements ont systématiquement placé les valeurs humaines derrière les intérêts économiques. Ils ont fermé les yeux sur les dégâts collatéraux. « La croissance économique se fait au prix d’un effondrement intellectuel, culturel, psychologique et spirituel », écrit très justement l’auteur français Laurent Gounelle dans son récent ouvrage « Le réveil ». Quand allons-nous nous réveiller, quand les politiques se réveilleront-ils et retourneront-ils à leur cœur de métier ?
«Polis», du grec ancien, au sens de façonner et réguler la coexistence harmonieuse, la conscience collective !
On parle beaucoup de qualité dans l’éducation. Mais quel type de contenu l’école doit-elle transmettre aujourd’hui ? Le programme scolaire ne devrait-il pas être davantage au premier plan des délibérations ? Gaston Ternes répond à cette question dans sa Carte Blanche.
L’information est disponible partout et immédiatement, la vraie comme la fausse. C’est pourquoi de nombreuses compétences telles que penser de manière critique, travailler en collaboration, être capable de communiquer et être créatif sont jugées particulièrement importantes dans les processus d’apprentissage.
Mais qu’en est-il du contenu, des programmes d’études dans nos écoles ? Sont-ils, dans leurs objectifs et leurs contenus, suffisamment nourris et régulièrement contrôlés quant à leur sens et leur cohérence ?
La qualité de l’éducation est favorisée par un contexte qui fait sens pour les jeunes. C’est ce que dit la recherche. Mais quelle est la réalité ?
J’ai consulté les cursus actuels et j’ai été assez surpris qu’une vision d’ensemble, au-delà des matières, fasse encore totalement défaut !
Je pourrais citer une panoplie d’exemples. Prenons-en un seul: A la même période, la classe de quatrième, une initiation à l’histoire de la littérature se fait en français en s’appuyant sur le Moyen Âge, en allemand elle va du Moyen Âge au Siècle des Lumières, en histoire c’est le Siècle des Lumières et la Révolution française, en anglais le monde actuel, en éducation artistique le baroque, le classicisme, le romantisme, le réalisme et l’impressionnisme sont étudiés.
Tout cela pour le même jeune de 16 ans !
En physique, des notions comme la vitesse et l’accélération sont utilisées en troisième, mais introduites en mathématiques seulement une année plus tard en seconde. Cett incohérence existe depuis maintenant plus de 40 ans !
Certes, les considérations didactiques d’une discipline ont du sens, mais elles ne suffisent pas : il manque une vue d’ensemble.
Ne serait-il pas opportun de se mettre d’accord sur une approche commune par année d’études, et d’éclairer une certaine époque du point de vue des événements historiques et sociaux, de la littérature, de l’art, de l’architecture, de la science ?
Cette question de l’apprentissage durable va bien au-delà des initiatives que les écoles peuvent développer. Il est essentiel de déterminer les contenus et les concepts qui permettent aux jeunes d’aujourd’hui d’acquérir une connaissance qui leur permettent de réussir leur vie d’adulte. Ce débat manque au niveau national, mais aussi européen. Aujourd’hui, au jour près 74 ans après le 5 mai 1949, date de la création du Conseil de l’Europe. Il regroupe 46 États et l’un de ses principaux objectifs est de rechercher, négocier et coordonner des réponses aux défis sociétaux. Ce conseil dispose d’un service éducatif et d’une division des politiques éducatives, mais son champ d’action ne s’étend pas au-delà des publications sur des sous-thèmes.
Pour plus d’équité des chances à l’école, revoir les critères de promotion !
Plusieurs études internationales montrent l’importance de l’influence du milieu socioprofessionnel d’un jeune sur sa réussite scolaire. Et quand on parle de réussite scolaire, les critères de promotion entrent automatiquement en jeu. Gaston Ternes, ancien directeur de lycée et aujourd’hui expert pour le réseau des écoles européennes, aborde ce sujet dans sa carte blanche.
Le retard pris dans un parcours scolaire qui se prolonge d’une année est non seulement catastrophique pour la confiance en soi du jeune, mais il a aussi des conséquences directes sur la performance de l’ensemble du système scolaire. Et pourtant, le redoublement est toujours une réalité, plus de deux fois plus élevé au Luxembourg que la moyenne des pays de l’OCDE.
En outre, les examens de rattrapage, dont l’enjeu est la promotion, sont organisés par ce que l’on appelle des « Travaux de vacances ». Il n’est pas rare que les dossiers impactant sur la note de l’examen final soient accompagnés par des personnes qualifiées. Les familles qui ne peuvent pas se le permettre sont désavantagées. Une question : les enfants qui ont raté l’année scolaire pour diverses raisons ne méritent-ils pas leurs vacances au même titre que ceux qui ont maîtrisé les exigences scolaires ?
Une majorité d’enseignants est contre le redoublement. Cependant, ils sont également contre la promotion automatique, comme le montre la discussion actuelle à ce sujet dans le premier cycle de l’enseignement général. Comment soutenir au mieux les élèves en difficulté scolaire ?
La solution peut être qualifiée d' »accompagnement pédagogique intégré ». Il convient de noter qu’il s’agit d’une aide ciblée, donc nécessairement différenciée, adaptée aux besoins individuels du jeune pendant le temps scolaire normal.
Une telle initiative nécessite plusieurs étapes : un diagnostic avec tous les acteurs concernés, l’élaboration d’un projet individuel et une évaluation régulière des travaux.
Cela ne peut pas être simplement transféré au personnel enseignant régulier, mais doit être élaboré par des pédagogues spécialisés et des experts en didactique des disciplines qui soutiennent l’enseignant. Il s’agit là d’un critère essentiel pour la réussite du processus. La différenciation dans l’enseignement se ferait sur la base des exercices d’application. Le co-enseignement, la différenciation successive ou simultanée, la répartition des groupes en fonction des besoins ou du niveau, sont , selon le spécialiste français des sciences de l’éducation Philippe Meirieu, des stratégies intéressantes à cet égard.
L’élève passe les mêmes tests que les autres élèves. Ce point est important, car les évaluations sommatives permettent de situer le niveau du jeune par rapport à la moyenne de la classe.
Ce n’est qu’en cas de grands écarts que l’école, les parents et le jeune devraient réfléchir à une réorientation mieux adaptée aux talents du jeune.
Le thème de la promotion est essentiel si nous voulons faire un pas de plus vers une école plus juste et plus efficace. Une mission à entamer directement après les élections, donc dès le 9 octobre !
C’est une affirmation que tout le monde signe aujourd’hui des deux mains, ici dans le pays et aussi à l’étranger. Mais cela ne va guère au-delà de cette observation. Comment valoriser l’enseignement pratique ? Quelles priorités devraient être fixées dans les réformes scolaires ? Gaston Ternes aborde aujourd’hui cette question dans sa carte blanche.
Oui, notre pays a besoin d’artisans qualifiés ! Il s’agit d’un problème aigu et largement répandu dans le pays et à l’étranger. Les entreprises manquent massivement de personnel qualifié. Cela me fait penser à la célèbre phrase du chercheur américain Michael Huberman : « Tout a été dit, tout reste à faire ».
Il existe des initiatives dans les écoles pour rapprocher les jeunes de l’artisanat et de l’entrepreneuriat. Mais ceci reste des initiatives isolées comme des stages, des journées d’information sur les métiers, des interventions d’entreprises dans les classes. Il y a cependant un manque de continuité.
Une revalorisation de la formation pratique est à mon avis liée à 3 conditions :
Premièrement, le choix des matières professionnelles ne devrait pas se faire sur la base d’un échec en langues et en mathématiques. C’est pourquoi nous avons besoin d' »écoles pour tous les élèves ». « Inclusion » est le mot-clé et non « segmentation » ou spécialisation précoce. Cela signifie en même temps une revalorisation des programmes dans la formation professionnelle : Ne serait-il pas important de proposer aux étudiants des matières dans les domaines de la culture, de l’art et du social ?
Deuxièmement, chaque élève, de l’école primaire jusqu’à la fin de l’école secondaire, devrait disposer d’un large éventail d’enseignements « pratiques », afin de pouvoir vérifier dès le début son talent et son envie. Enfin et surtout pour apprendre aussi les gestes et les savoir-faire dont on a besoin au quotidien, que ce soit dans la vie privée ou professionnelle.
Troisièmement, l’opposition absurde entre « manuel » et « intellectuel » devrait être immédiatement arrêtée. Aujourd’hui, un agriculteur doit comprendre comment fonctionne l’écosystème et je ne me confie à un chirurgien que si je suis sûr qu’il est également doué pour les travaux manuels ! La hiérarchie qui prospère dans les esprits entre les différentes spécialités artisanales est également absurde. Quelle que soit la spécialité, ce qui compte au final, c’est la qualité de l’exécution !
C’est pourquoi il est important de permettre à chaque enfant, à chaque jeune, une véritable immersion dans l’activité artisanale.
Il est louable que l’Unesco, dans son programme GEQAF « General Education System Quality Analysis/Diagnosis Framework », ait récemment fait de cette question d’un programme d’études adapté un thème central. Il y a de bonnes raisons de penser que c’est là que se trouvent les réponses à la crise de l’éducation.