RTL Carte blanche du 20 mars 2026 Qui veut encore des enseignants

Carte blanche  « Qui veut encore des enseignants ? »

« Qui veut encore des enseignants ? »  Cette question est posée par le pédagogue français Philippe Meirieu dans le titre de son dernier ouvrage. Une question qui résonne comme un avertissement. À l’adresse des responsables politiques. Des parents. De nous tous. Derrière la pénurie d’enseignants se cache une interrogation plus profonde : à quoi sert réellement l’école ? C’est à cette question que Gaston Ternes s’attache dans cette carte blanche.

Une explication mathématique ? Un clic. Un résumé ? Deux secondes. Une solution toute faite ? Générée par une machine. Dans un tel monde, la question semble presque logique : qui veut encore des enseignants ?

Mais ne confondons-nous pas information et éducation, solution et processus d’apprentissage ?

Pour Philippe Meirieu, cette question n’est pas une provocation, mais un constat amer. Les enseignants manquent. Et ce n’est pas seulement un problème de chiffres. C’est le symptôme d’une dérive culturelle. Depuis des années, le même discours revient : «compétences utiles », « adaptation au marché du travail ». L’école devrait produire des résultats rapides, efficaces et mesurables.

Lorsque cette logique domine, l’éducation se réduit à une simple fonction économique. Et l’essentiel se perd. Un enseignant n’est pas un moteur de recherche à visage humain. C’est une présence. Quelqu’un qui encourage. Qui exige. Qui accompagne. L’esprit critique, le jugement, le sens des responsabilités ne tombent pas du ciel : ils s’apprennent et se transmettent. Et c’est là que réside quelque chose de fondamental.

Une démocratie ne peut subsister si ses citoyens se contentent de fonctionner. L’école est un lieu où les jeunes apprennent à réfléchir, à douter, à peser les arguments. Et aussi à comprendre que la valeur d’un être humain ne se réduit pas à son utilité.

Les parents souhaitent pour leurs enfants un métier, certes, mais aussi du discernement, de la confiance en soi. Une véritable éducation.

Les enseignants ne veulent pas seulement appliquer des programmes : ils veulent donner du sens à ce qui est appris. Lorsque ce sens disparaît, le métier perd de son attractivité.

L’intelligence artificielle transforme l’école, mais elle ne remplace pas ce qui est au cœur de l’éducation : la relation, l’attention, la confiance. Derrière chaque médecin, chaque artisan, chaque chercheur, il y a un enseignant qui a allumé une flamme.

Alors : qui veut encore des enseignants ? Nous en avons plus que jamais besoin — non pas contre la technologie, mais pour ce qu’aucune machine ne peut offrir : accompagner les jeunes et les aider à trouver leur propre voie.

L’éducation ne naît pas des algorithmes, mais des êtres humains.

En ce 20 mars, Journée internationale du bonheur, les chiffres alarmants concernant le bien-être des enfants et des jeunes devraient nous rappeler avec force ce message.

Carte blanche du 24 novembre 2025: PISA : quand la langue prime sur la compétence

 

PISA : quand la langue prime sur la compétence

Tous les trois ans, l’OCDE publie l’étude PISA, qui compare les performances des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences, et établit des classements internationaux. Le Luxembourg participera de nouveau après six ans d’absence, et les résultats de cette session sont attendus pour fin 2026. C’est le moment idéal, selon Gaston Ternes, pour s’interroger sur la pertinence et la fiabilité de ces comparaisons.

PISA se veut scientifique, neutre et comparable à l’échelle mondiale. Pour garantir cette objectivité, des critères stricts sont appliqués : chaque élève doit passer le test dans la langue officielle de son enseignement. Au Luxembourg, cela signifie l’allemand ou le français dans les écoles nationales, et l’anglais dans les écoles internationales.

Mais les participants doivent choisir une seule langue pour l’ensemble du test. Les deux tiers des élèves luxembourgeois optent pour l’allemand, et doivent résoudre les exercices de mathématiques dans cette langue, alors que cette matière est enseignée en français depuis trois ans. Cette situation révèle combien les critères de l’OCDE sont éloignés de la réalité du système éducatif luxembourgeois, où la relation entre langue et compétence est bien plus complexe.

Des ajustements statistiques ne suffisent pas à compenser ce décalage. Dans la plupart des pays, la langue d’enseignement coïncide avec la langue maternelle ; au Luxembourg, ce n’est pas le cas. Nos élèves ne sont pas moins compétents, mais ils rencontrent davantage de difficultés à comprendre les textes dans la langue du test. PISA mesure donc surtout la compétence linguistique, et non la performance disciplinaire.

Soyons clairs : pour PISA, le multilinguisme est perçu comme un handicap, alors qu’il constitue l’une de nos plus grandes forces. Les élèves capables de passer spontanément d’une langue à l’autre développent flexibilité cognitive, pensée en réseau et aptitude à comparer – autant de compétences essentielles dans une éducation moderne et tournée vers le monde.

Le Luxembourg ne devrait pas se contenter d’être évalué par l’OCDE, mais participer activement à l’évolution de ces études. Les tests PISA devraient permettre de choisir librement la langue selon la matière ou la section. L’évaluation de l’utilisation compétente de plusieurs langues devrait devenir obligatoire, et non limitée à des modules facultatifs qui n’influencent pas le classement. Mieux encore : la capacité à utiliser plusieurs langues de manière flexible devrait devenir un indicateur central.

PISA pourrait ainsi devenir pour le Luxembourg un véritable laboratoire pour l’avenir de l’apprentissage. Une méthodologie adaptée montrerait que penser en plusieurs langues n’est pas un désavantage, mais un atout. Utiliser plusieurs langues dans une matière, en plus de la langue d’enseignement, pourrait transformer la langue en outil plutôt qu’en barrière.

C’est une piste essentielle pour le Luxembourg : montrer que compétence ne signifie pas penser dans une seule langue, mais naviguer avec aisance entre plusieurs.

 

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Carte blanche du 31 mars 2025: Le rapport sur l’éducation et le paysage scolaire_ Théorie et pratique

Le paysage éducatif au Luxembourg a connu des changements significatifs ces dernières années. Avec l’introduction des centres de compétences, des écoles publiques européennes et de l’alphabétisation en français, le système éducatif répond à une diversité sociétale de plus en plus marquée. Dans cette carte blanche, Gaston Ternes partage son analyse personnelle des conclusions du récent rapport sur l’éducation.

Deux priorités majeures du rapport 2024 sont le renforcement de l’éducation précoce et la généralisation de l’alphabétisation en français.

Que signifie cela concrètement ? Il est avéré que le vocabulaire des enfants de six ans varie fortement, allant de 500 à 13 000 mots. Les enfants ayant un vocabulaire restreint ont ensuite peu de chances de réussir leur parcours scolaire, à moins qu’une intervention ciblée ne soit mise en place. Renforcer l’éducation précoce signifie donner une nouvelle mission aux crèches et aux maisons relais : amener progressivement les enfants à un bon niveau linguistique. Ne serait-il pas pertinent d’impliquer du personnel spécialisé pour accompagner ce processus dès le départ ? L’objectif est de les préparer de manière optimale à l’alphabétisation, qu’elle soit en allemand ou en français.

Une autre priorité du rapport est le développement des écoles publiques européennes. Celles-ci permettent aux élèves de choisir leur langue maternelle comme langue principale et d’apprendre une deuxième langue aux niveaux 2, 3 ou 4. Il est important de noter que, pour utiliser activement une langue dans un processus d’apprentissage, le niveau 2 est le minimum requis.

Les écoles européennes sont attractives car elles proposent un parcours scolaire complet – primaire et secondaire – en seulement 5 + 7 ans, soit une année de moins que le système national. Elles acceptent également les élèves du sixième cycle scolaire (Cycle 4.2) qui n’ont pas été admis dans le parcours classique, mais ne les préparent ensuite qu’au Baccalauréat européen. Ce système ne devrait-il pas également proposer des voies d’apprentissage pratiques, étant donné que le profil des élèves devient de plus en plus hétérogène ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir les élèves qui ne répondent pas aux exigences du secondaire classique chercher des opportunités à l’étranger ?

Cela met en lumière un problème central des deux systèmes, tant national qu’européen. Les compétences manuelles devraient être intégrées dès l’âge de six ans au même titre que les langues et les mathématiques dans les programmes scolaires, afin d’identifier les talents et de développer les compétences. L’erreur du système actuel est de considérer l’artisanat uniquement comme un plan de secours en cas d’échec du parcours classique ! Pourtant, il devrait être valorisé comme une orientation moderne, innovante et précieuse pour tous.

De nombreuses études montrent que la combinaison de la manipulation pratique et de l’apprentissage théorique ne renforce pas seulement la capacité de concentration des élèves, mais rend également l’enseignement plus efficace.

Une révision des programmes dans ce sens est plus que jamais nécessaire ! Combien de temps allons-nous encore attendre ?

Carte blanche RTL _ 25 novembre 2024_ Noir ou Blanc!

Noir ou blanc !

La pétition 3176, déposée le 4 novembre au Parlement, a recueilli 4775 signatures : elle vise à interdire les smartphones de manière générale dans l’enceinte des écoles. Les pétitions sont à la mode. A ce sujet, une carte blanche de Gaston Ternes.

 

Les pétitions sont positives en soi : elles donnent au citoyen engagé la possibilité d’exprimer publiquement son opinion, et ceci au Parlement, l’institution des représentants élus qui décident pour nous dans notre démocratie parlementaire.

 

Une question me taraude l’esprit: est-ce que tout est toujours noir ou blanc, sans nuances ? Le débat actuel sur l’interdiction générale des téléphones portables dans les écoles me fait réfléchir : suffit-il de répondre par « bon » ou « mauvais » à des questions complexes ayant trait à l’éducation? Cela n’a aucun sens d’interdire totalement les téléphones portables. De même, cela n’a pas de sens d’autoriser le téléphone portable en permanence et partout ! Le sujet ne s’inscrit tout simplement pas dans une optique binaire, soit 0 ou 1. « Les médias doivent être enseignés et non diabolisés », résumait récemment le psychiatre Serge Tisseron. Les médias ont besoin de règles, qui doivent être enseignées aussi bien en famille qu’à l’école.

 

Ces derniers temps, les questions relatives à l’école, sont pratiquement toujours abordées sous un simple angle de « bon ou mauvais » : les écoles internationales ou les écoles luxembourgeoises, par exemple, sans saisir l’occasion d’échanger systématiquement sur les « meilleures pratiques » des deux systèmes!

 

De nos jours, tout le monde peut communiquer instantanément. Cela se résume souvent à un simple « pouce vers le haut » ou un « pouce vers le bas », voire un emoji pour exprimer rapidement un sentiment. Les nuances passent à la trappe. La complexité de la question est négligée. Aucune recherche de compromis. Pourquoi cette tendance à notre époque… ?

 

L’une des raisons est certainement l’omniprésence des bulles de filtrage, aussi bien dans les moteurs de recherche que dans les médias sociaux. Nos messages sont filtrés. Ils sont adaptés à notre profil. Nous ne voyons que des commentaires unilatéraux et des informations qui correspondent exactement à nos intérêts ; l’algorithme ne nous informe pas sur la position adverse.

 

Si vous n’êtes confronté(e) qu’à votre propre opinion, si vous êtes toujours confirmé(e), alors vous vivez dans une confortable bulle d’opinion. L’activiste américain Eli Pariser nous avait déjà mis en garde en 2011 dans son livre « The Filter Bubble : What the Internet is hiding from you ».

 

Ma première question en soulève des nouvelles : Tolérons-nous simplement que des acteurs majeurs peu scrupuleux d’Internet et des médias sociaux sacrifient toute diversité d’opinion sur l’autel de leur profit ? Ne serait-il pas temps de prendre le contre-pied, à la fois par une explication cohérente du fonctionnement des bulles de filtrage et par un entraînement actif au « débat », de préférence dans le même espace réel ?

 

Pour plus d’équité des chances à l’école, revoir les critères de promotion

Pour plus d’équité des chances à l’école, revoir les critères de promotion !

 

Plusieurs études internationales montrent l’importance de l’influence du milieu socioprofessionnel d’un jeune sur sa réussite scolaire. Et quand on parle de réussite scolaire, les critères de promotion entrent automatiquement en jeu. Gaston Ternes, ancien directeur de lycée et aujourd’hui expert pour le réseau des écoles européennes, aborde ce sujet dans sa carte blanche.

 

Le retard pris dans un parcours scolaire qui se prolonge d’une année est non seulement catastrophique pour la confiance en soi du jeune, mais il a aussi des conséquences directes sur la performance de l’ensemble du système scolaire. Et pourtant, le redoublement est toujours une réalité, plus de deux fois plus élevé au Luxembourg que la moyenne des pays de l’OCDE.

 

En outre, les examens de rattrapage, dont l’enjeu est la promotion, sont organisés par ce que l’on appelle des « Travaux de vacances ». Il n’est pas rare que les dossiers impactant sur la note de l’examen final soient accompagnés par des personnes qualifiées. Les familles qui ne peuvent pas se le permettre sont désavantagées. Une question : les enfants qui ont raté l’année scolaire pour diverses raisons ne méritent-ils pas leurs vacances au même titre que ceux qui ont maîtrisé les exigences scolaires ?

 

Une majorité d’enseignants est contre le redoublement. Cependant, ils sont également contre la promotion automatique, comme le montre la discussion actuelle à ce sujet dans le premier cycle de l’enseignement général. Comment soutenir au mieux les élèves en difficulté scolaire ?

 

La solution peut être qualifiée d' »accompagnement pédagogique intégré ». Il convient de noter qu’il s’agit d’une aide ciblée, donc nécessairement différenciée, adaptée aux besoins individuels du jeune pendant le temps scolaire normal.

 

Une telle initiative nécessite plusieurs étapes : un diagnostic avec tous les acteurs concernés, l’élaboration d’un projet individuel et une évaluation régulière des travaux.

 

Cela ne peut pas être simplement transféré au personnel enseignant régulier, mais doit être élaboré par des pédagogues spécialisés et des experts en didactique des disciplines qui soutiennent l’enseignant. Il s’agit là d’un critère essentiel pour la réussite du processus. La différenciation dans l’enseignement se ferait sur la base des exercices d’application. Le co-enseignement, la différenciation successive ou simultanée, la répartition des groupes en fonction des besoins ou du niveau, sont , selon le spécialiste français des sciences de l’éducation Philippe Meirieu, des stratégies intéressantes à cet égard.

 

L’élève passe les mêmes tests que les autres élèves. Ce point est important, car les évaluations sommatives permettent de situer le niveau du jeune par rapport à la moyenne de la classe.

 

Ce n’est qu’en cas de grands écarts que l’école, les parents et le jeune devraient réfléchir à une réorientation mieux adaptée aux talents du jeune.

 

Le thème de la promotion est essentiel si nous voulons faire un pas de plus vers une école plus juste et plus efficace. Une mission à entamer directement après les élections, donc dès le 9 octobre !

 

Education et Metaverse: Où allons-nous? (carte blanche du 18 février 2022)

Éducation et metaverse, où allons-nous ?

« Metaverse » se développe à un rythme effréné dans le monde entier, y compris au Luxembourg. Vivons-nous aujourd’hui à une époque semblable à celle où Internet a très vite conquis le terrain ? Et que cela signifie-t-il pour l’éducation ? C’est la question que Gaston Ternes aborde dans sa carte blanche.

 

Le préfixe « meta » signifie « au-delà » et « verse » fait référence à « univers ». Les experts décrivent le metaverse comme le prochain saut quantique vers l’Internet 4.0, des espaces virtuels en 3D reliés entre eux, nous offrant ainsi un univers personnel. Les technologies telles que les crypto-monnaies, la blockchain en tant que registre, les réseaux 5G et la croissance exponentielle des logiciels de simulation sont déjà des espaces virtuels qui façonnent notre quotidien.

Notre smartphone serait remplacé d’ici 5 à 10 ans par des hologrammes, des casques et des lunettes qui nous donneraient accès à notre univers personnel, « tout, tout le temps, partout ». De nouveaux contenus convaincants sont à notre disposition, interactifs, collaboratifs, immersifs dans un monde où le numérique et le physique se confondent.

Comme souvent, la technologie est à la fois une chance et un piège. Les médias sociaux ont déjà bouleversé notre monde. L’impact du Metaverse sera incomparablement plus important. La question est de savoir si, cette fois-ci, nous ne voulons pas mieux nous préparer à la nouvelle réalité qu’à l’époque de l’invasion par les médias sociaux. Qui va par ailleurs gouverner cet univers ? Est-ce que ce seront toujours de grandes entreprises qui veulent avant tout gagner de l’argent ? Nous ferions bien de discuter en tant que société de ce à quoi le Metaverse du futur doit ressembler.

Pour l’éducation, Metaverse offre bien sûr une grande chance : actif et adapté à chacun, il est facile de se plonger dans les contenus que l’on souhaite acquérir, les répétitions sont possibles à tout moment, on peut apprendre par petites bouchées ; ce sont les composantes que la recherche en neurosciences qualifie d’efficaces dans le processus d’apprentissage.

La technique en soi n’est pas mauvaise, mais c’est l’utilisation que nous en faisons qui est décisive : avons-nous la maîtrise de notre vie ou sommes-nous seulement contrôlés et téléguidés ?

Une chose est sûre : personne ne sait à quoi ressemblera 2050 ! Comme le dit si bien Yuval Harari dans ses « 21 leçons pour le 21e siècle » : « La seule constante est le changement ». L’humanité est confrontée à des révolutions sans précédent. Comment pouvons-nous nous y préparer, nous et nos enfants ? Les 4 compétences « C » « penser critique, communiquer, coopérer et être créatif » ont certainement leur importance. Mais Harari en reconnaît une autre comme particulièrement importante : C’est « la capacité à résister au changement, à apprendre de nouvelles choses et à conserver son équilibre mental dans des situations inhabituelles ».

« Journée de la démocratie » – Carte blanche du 5 novembre 2021

À partir de 2022, une « Journée annuelle de la démocratie » sera célébrée au mois d’octobre dans toutes les écoles secondaires du Grand-Duché de Luxembourg. Depuis 2021 déjà, les écoles intéressées avaient la possibilité d’organiser une telle journée. Dans sa Carte Blanche, Gaston Ternes aborde la question de la démocratie à l’école.

Une enseignante de l’école fondamentale a demandé aux enfants de dessiner un souvenir de leurs vacances. Une enfant s’est appliquée à dessiner sur son bras. La maîtresse lui a demandé pourquoi elle ne voulait pas dessiner sur sa feuille et la réponse fut prompte: « Madame, je veux protéger les arbres ! ».
Pour moi, cette réaction n’est pas un cas isolé. Dans mon environnement professionnel, j’ai constaté à maintes reprises que la sensibilisation et l’intérêt des enfants et des adolescents pour la nature et l’environnement, ainsi que pour les questions politiques et sociales, ont évolué de manière positive. Nous avons la perspective d’une génération de citoyens critiques et engagés qui n’hésitent pas à défendre leurs points de vue.
L’initiative du Centre pour l’éducation citoyenne d’institutionnaliser une journée de la démocratie dans toutes les écoles secondaires me paraît donc louable. Trois grands axes sont envisagés : Discuter du fonctionnement de la démocratie et de la société, questionner et développer la culture scolaire démocratique, élire un conseil des élèves pour le lycée tous les deux ans.
Que signifie « éduquer à la démocratie » ? Dans son livre récent « Ce que l’école peut encore pour la démocratie », le professeur et pédagogue français Philippe Meirieu explique que l’objectif est de favoriser à la fois la capacité de penser de manière autonome et critique, et celle d’écouter et de rechercher un consensus ou des solutions.
Les deux voies ne s’excluent pas mutuellement : la « pensée autonome » consiste à abolir les idées préconçues, à analyser les points de vue pour en vérifier l’exactitude. Dans un deuxième temps, cela signifie qu’il faut être prêt à partager son propre point de vue avec les autres. Des initiatives européennes telles que le « Parlement européen modèle » ou l' »Ecole ambassadrice du Parlement européen » dans les lycées contribuent depuis de nombreuses années à ce développement de la pensée démocratique.
La Journée de la démocratie dans toutes les écoles devrait créer un nouvel élan pour la pratique quotidienne de la démocratie dans les écoles et pour un meilleur apprentissage en commun.
Un apprentissage basé sur l’entraide et la solidarité, dans lequel les jeunes, accompagnés des enseignants, ne rivalisent point mais découvrent les forces de la tolérance, me semble capital.
Etant donné que les jeunes d’aujourd’hui n’hésitent pas à exprimer leurs opinions sur tous les défis sociétaux, il est crucial que ces opinions soient consolidées, pondérées et fondées, sinon elles risquent de se noyer dans une mer de slogans, de fake news et de déclarations simplistes.

Carte blanche du 16 juin 2021: Un sujet qui n’est pas inconnu : les inégalités en matière d’éducation

Depuis les études Pisa, c’est-à-dire depuis 2000, nous savons quels types d’enfants sont des élèves à risque: Les enfants issus de l’immigration et/ou de familles socio-économiquement défavorisées. Avec la pandémie, ce problème est devenu encore plus aigu. Dans sa « Carte blanche », Gaston Ternes examine les possibilités d’action sur cette question.

Ce n’est pas une surprise si le « Luxembourg Center for Educational Testing » (LUCET) de l’Université du Luxembourg a attiré l’attention sur les inégalités du système scolaire luxembourgeois dans son récent rapport sur le monitoring de l’éducation. Cette déclaration est également soutenue par l’Observatoire national de la Qualité scolaire. En particulier, la compétence en matière de compréhension orale en langue allemande a diminué de manière significative, en raison du fait que pendant la pandémie, les jeunes issus de l’immigration n’ont eu que peu ou pas de contact avec la langue allemande. Et pour que l’éducation numérique à domicile réussisse, une forte implication des parents est nécessaire.

Les solutions actuellement mises en œuvre sont, dans l’ensemble, les suivantes : davantage de cours d’allemand au cours du troisième et du dernier trimestre scolaire dans les écoles fondamentales, ainsi que la proposition d’une « école d’été » de 14 jours avant la reprise des cours à la mi-septembre. Cela semble être une goutte dans l’océan.

Une approche efficace du problème de l’iniquité des chances doit reposer sur deux piliers: elle s’inscrit dans la continuité et l’efficacité de la mesure est régulièrement évalée.

L’équité dans l’éducation s’étend bien au-delà de l’école elle-même. Une première mesure serait une bien meilleure mise en réseau des structures d’enseignement et de soutien existantes. Il est important d’identifier les obstacles qui rendent actuellement l’accès difficile pour les familles.

Penser l’équité, c’est automatiquement offrir un maximum de possibilités dans l’école-même pour que ces possibilités soient accessibles à chaque apprenant. En guise d’exemple, il serait utile de disposer d’un comité dans l’école qui, en contact étroit avec la famille, puisse réagir rapidement et avec souplesse à toute situation. Pour lever ce défi, l’école a besoin de ressources humaines supplémentaires.

Le système scolaire lui-même devrait être restructuré de fond en comble ; il devrait sélectionner beaucoup plus tardivement, car une séparation précoce limite les capacités du jeune et rend difficile une bonne orientation.

Le soutien linguistique en allemand et en français est « l’alpha et l’oméga » de la réussite scolaire dans le système scolaire luxembourgeois. Les initiatives scolaires qui offrent, par exemple, un soutien linguistique personnalisé en adaptant l’emploi du temps de l’apprenant individuel, ceci dans le cadre des 30 heures par semaine, ne devraient pas seulement fonctionner dans certaines écoles, mais dans tout le pays.

Et que dire de l’introduction d’un programme obligatoire limité à 25 heures par semaine à tous les niveaux de l’enseignement primaire et secondaire, et de 5 heures pouvant être programmées de manière facultative pour répondre aux besoins et aux talents des élèves ? La pandémie nous a montré la voie en nous obligeant à nous concentrer sur l’essentiel du programme.

Ce ne sont là que quelques suggestions. Ne sont-elles pas une raison suffisante pour une véritable offensive éducative ?

Carte blanche du 8 mars 2021 Le défi du multilinguisme à l’école

Le défi du multilinguisme à l’école
Le Luxembourg se caractérise par un environnement multilingue et multiculturel, comme on en trouve rarement à l’étranger. En termes d’offre scolaire, il existe aujourd’hui une tendance claire à résoudre la difficulté de cette hétérogénéité par le biais de structures scolaires internationales, européennes ou privées, axées sur une langue spécifique. Ne sommes-nous pas en train de rater une belle opportunité pour une offre scolaire nationale inclusive ? Dans cette carte blanche, Gaston Ternes parle du sujet.

Notre avantage jusqu’à présent a été que dans notre petit pays, nous avons appris les langues allemande, française et anglaise à un niveau élevé. C’est une richesse pour nos écoles que l’on y trouve en moyenne une cinquantaine de langues maternelles différentes parlées à la maison. Les écoles du système scolaire national luxembourgeois sont donc, par nature même, toutes des « écoles internationales ». Cependant, cette richesse a aussi ses inconvénients : Les chercheurs soulignent régulièrement que trop d’élèves ne sont pas à la hauteur des exigences élevées de notre enseignement des langues et ne progressent donc pas suffisamment dans l’apprentissage d’autres matières.
Incapables de répondre à ces exigences ambitieuses, les jeunes subissent deux mécanismes de régulation : Répétition de la classe ou passage à une structure moins exigeante, l’enseignement général ou préparatoire. La première mesure du redoublement des classes a depuis longtemps été jugée totalement inefficace dans les études scientifiques sur le sujet. La deuxième mesure est également mauvaise : en raison d’un manque dans une langue, on est déclassé globalement et privé de performances possibles dans d’autres matières.
Un enfant qui redouble une année coûte à l’État environ 45 000 euros dans l’enseignement secondaire et 25.000 euros dans l’enseignement primaire. C’est beaucoup d’argent qui aurait été mieux investi dans une réflexion approfondie sur notre enseignement des langues.
Pourquoi ne nous attaquons-nous pas à ce problème? Après tout, nous pouvons compter sur de nombreuses initiatives scolaires. Nous avons suffisamment d’études qui indiquent des voies de solutions. Nous pouvons nous baser sur l’expérience des enseignants qui sont confrontés quotidiennement à des défis linguistiques. Toutefois, le cadre est malheureusement trop étroit pour permettre des solutions efficaces.
Les réponses se trouvent dans la didactique de l’enseignement des langues, dans l’importance de l’apprentissage de la langue dans son contexte, dans la motivation à apprendre une langue étrangère parce que l’on en a besoin dans son environnement. En ce sens, l’enseignement des langues doit être reconstruit à partir de la base, c’est-à-dire de l’école primaire au baccalauréat. En guise d’exemple, les langues pourraient être proposées avec des accentuations et des niveaux différents. Nous devons absolument donner à nos professeurs de langues une voix commune dans des groupes de travail nationaux et définir ainsi un nouveau cadre !
Les langues étrangères sont essentielles pour des citoyens qui veulent œuvrer ensemble au-delà des frontières. Les réponses à ce grand défi ne peuvent donc pas se limiter à offrir des programmes d’études linguistiques toujours plus spécifiques.

Le défi du multilinguisme -carte blanche RTL 8 mars 2021

Au cœur du multilinguisme à l’école.

Le Luxembourg se caractérise par un environnement multilingue et multiculturel, comme on en trouve rarement à l’étranger. En termes d’offre scolaire, il existe aujourd’hui une tendance claire à résoudre le défi de cette hétérogénéité par le biais de structures scolaires internationales, européennes ou privées, axées sur une langue spécifique. Ne sommes-nous pas en train de rater une grande opportunité pour une offre scolaire nationale inclusive ? Gaston Ternes parle de l’enseignement des langues dans cette carte blanche.

Notre avantage jusqu’à présent a été que dans notre petit pays, nous avons appris les langues allemande, française et anglaise à un niveau élevé. C’est une richesse pour nos écoles que l’on y trouve en moyenne une cinquantaine de langues maternelles différentes parlées à la maison. Les écoles du système scolaire national luxembourgeois sont donc, par nature même, toutes des « écoles internationales ». Cependant, cette richesse a aussi ses inconvénients : Les chercheurs soulignent régulièrement que trop d’élèves ne sont pas à la hauteur des exigences élevées de notre enseignement des langues et ne progressent donc pas suffisamment dans l’apprentissage d’autres matières.
Incapables de répondre à ces exigences ambitieuses, les jeunes subissent deux mécanismes de régulation : Répétition de la classe ou passage à une structure moins exigeante, l’enseignement général ou préparatoire. La première mesure du redoublement des classes a depuis longtemps été jugée totalement inefficace dans les études scientifiques sur le sujet. La deuxième mesure est également mauvaise : en raison d’un certain manque dans une langue, on est déclassé globalement et privé de performances possibles dans d’autres matières.
Un enfant qui redouble une année coûte à l’État environ 45 000 euros dans l’enseignement secondaire et 25.000 euros dans l’enseignement primaire. C’est beaucoup d’argent qui aurait été mieux dépensé pour une réflexion approfondie sur notre enseignement des langues.
Pourquoi ne nous attaquons-nous pas à ce problème? Après tout, nous pouvons compter sur de nombreuses initiatives scolaires. Nous avons suffisamment d’études qui indiquent des voies de solutions. Nous pouvons nous baser sur l’expérience des enseignants qui sont confrontés quotidiennement à des défis linguistiques. Toutefois, le cadre est malheureusement trop étroit pour permettre des solutions efficaces.
Les réponses se trouvent dans la didactique de l’enseignement des langues, dans l’importance de l’apprentissage de la langue dans son contexte, dans la motivation à apprendre une langue étrangère parce que l’on en a besoin dans son environnement. En ce sens, l’enseignement des langues doit être reconstruit à partir de la base, c’est-à-dire de l’école primaire au baccalauréat. En guise d’exemple, les langues pourraient être proposées avec des accentuations et des niveaux différents. Nous devons absolument donner à nos professeurs de langues une voix commune dans des groupes de travail nationaux et définir ainsi un nouveau cadre !
Les langues étrangères sont essentielles pour des citoyens qui veulent travailler ensemble au-delà des frontières. Les réponses à ce grand défi ne peuvent donc pas se limiter à offrir des programmes d’études linguistiques toujours plus spécifiques.