Carte blanche du 16 septembre 2026 La réponse facile

L’école fait sa rentrée. Et, avec elle, revient la même question : que devons-nous changer dans notre école ? Les résultats de PISA 2025 révèlent de faibles compétences en lecture chez nos jeunes de 15 ans. Et la réponse semble vite trouvée : moins de smartphones, moins de réseaux sociaux, davantage d’interdictions.

Sommes-nous pour autant déjà sur le chemin d’une solution ?

Les enfants passent trop de temps devant les écrans. Les réseaux sociaux influencent leur concentration, leur bien-être et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. PISA montre également que les distractions numériques à l’école peuvent se faire au détriment des performances.

Alors : supprimons le smartphone. Problème réglé ?

J’en doute.

Oui, les enfants ont besoin de limites. Mais nous avons souvent le même réflexe : lorsque nous ne parvenons pas à résoudre directement un problème, nous lui collons un pansement.

Faibles compétences en lecture ? Un plan d’action.

Trop de téléphone ? Une interdiction.

De mauvais résultats ? Une nouvelle réforme.

Et voilà comment chaque problème donne naissance à une nouvelle règle. Chaque règle à un nouveau contrôle. Et chaque contrôle à une nouvelle tâche administrative.

Car nous confondons facilement agir et résoudre.

Adopter une nouvelle mesure est simple. Motiver un enfant qui n’a plus envie d’apprendre est plus difficile. Soutenir une famille dépassée l’est tout autant.

Cela demande avant tout une chose : du temps.

Et PISA soulève une autre question : quelle importance accordons-nous à un test qui mesure les performances dans une langue qui est la langue maternelle dans de nombreux pays, mais une langue étrangère pour beaucoup de nos élèves ?

PISA montre d’ailleurs aussi que nos élèves sont performants dans le domaine de l’apprentissage numérique.

Allons-nous maintenant réduire cette compétence à néant au nom d’une interdiction ?

Nous vivons dans un monde du « clic » :

Question. Clic. Solution !

Mais l’éducation ne fonctionne pas ainsi.

Une règle ne remplace pas la confiance.

Le contrôle ne remplace pas la responsabilité.

Et une réforme ne remplace pas la relation.

Et une chose est certaine : aucune de ces mesures ne rend un enfant plus motivé.

Et nous, les adultes ?

Nous disons à nos enfants : « Regarde moins ton téléphone. »

Mais combien de fois regardons-nous nous-mêmes notre écran alors que quelqu’un nous parle ?

Les enfants ne font pas nécessairement ce que nous leur disons.

Mais ils font ce que nous leur montrons.

C’est peut-être la leçon la plus importante de cette rentrée.

Une règle peut faire disparaître un smartphone.

Mais l’éducation, c’est bien plus que cela.

Éduquer, c’est apprendre à lire, à penser, à distinguer, à argumenter et à prendre ses responsabilités.

C’est pourquoi nous avons besoin de plus que d’interdictions.

Nous avons besoin de temps.

De patience.

De dialogue.

Et peut-être aussi du courage de ne pas inventer immédiatement une nouvelle règle simplement parce que nous n’avons pas encore trouvé de solution.

Car une règle dit à un enfant ce qu’il ne doit pas faire.

L’éducation lui apprend pourquoi — et comment faire mieux.

La rentrée est celle des enfants.

Mais la leçon est pour nous.

Carte blanche RTL du 11 mai 2026:Quand les enseignants s’épuisent, l’école fondamentale est perdante

Carte blanche : Quand les enseignants s’épuisent, c’est l’école fondamentale qui est perdante

Il est rare qu’au Parlement, un consensus aussi large se dégage au-delà des clivages politiques : notre école fondamentale est sous pression. Et ce sont de plus en plus souvent les enseignants qui ressentent cette pression jusqu’à la limite de leurs forces. La question n’est donc plus de savoir si nous avons un problème. La véritable question est désormais la suivante : comment éviter que toujours plus d’enseignants quittent la profession ? C’est à cette question que Gaston Ternes s’intéresse dans cette carte blanche.

La réalité de la classe a profondément changé ces dernières années. Le rôle de l’enseignant est devenu nettement plus complexe. Aujourd’hui, les enseignants doivent à la fois accompagner sur le plan pédagogique, gérer des conflits, conseiller les parents et répondre à des besoins individuels de plus en plus diversifiés chez les élèves.

L’inclusion des enfants à besoins spécifiques est juste et indispensable. Toutefois, une école inclusive ne peut pas signifier qu’un seul enseignant porte l’ensemble des responsabilités. Si nous prenons l’inclusion au sérieux, nous avons besoin de davantage de soutien spécialisé directement en classe, ainsi que de procédures rapides et non bureaucratiques, qui ne s’enlisent pas pendant des mois dans des démarches administratives. Ce n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Un autre défi majeur est celui de la bureaucratie. Beaucoup d’enseignants ont aujourd’hui le sentiment de passer plus de temps à des tâches administratives qu’auprès des enfants. La numérisation, à elle seule, ne résout pas le problème – surtout lorsqu’elle se limite à créer de nouvelles charges administratives. Ce qu’il faut, ce sont des mesures concrètes de décharge : des secrétariats pour l’école fondamentale, un soutien administratif renforcé et une organisation pédagogique qui redonne du temps et de l’espace pour se concentrer sur l’enseignement et sur l’élève.

À cela s’ajoute le fait qu’aucune école fondamentale ne fait face exactement aux mêmes défis. Ce qui fonctionne dans une commune ne peut pas être automatiquement transposé à une autre. Les écoles ont donc besoin de davantage d’autonomie et de marges de décision dans leur fonctionnement quotidien. Des directions d’école professionnelles, dotées de compétences claires, de moyens suffisants et proches du terrain, pourraient contribuer de manière significative à la fois à soulager le personnel enseignant et à résoudre rapidement les difficultés concrètes.

La situation des chargés reste particulièrement préoccupante. Ils assurent aujourd’hui une part essentielle du fonctionnement de notre système scolaire. En raison de la pénurie d’enseignants, ils prennent désormais en charge environ 25 % des heures de cours. Pourtant, beaucoup d’entre eux travaillent dans une insécurité permanente, enchaînant les contrats à durée déterminée. Une école ne peut pas fonctionner durablement de manière stable si une partie de son personnel est renouvelée d’année en année.

Enfin, il est indispensable de parler honnêtement de la réalité du travail enseignant. Une grande partie de ce qui fait la qualité de l’enseignement – préparation, évaluation, différenciation, travail en équipe et entretiens avec les parents – se déroule le soir ou le week-end. Ce n’est pas acceptable. Une école moderne nécessite donc aussi une définition plus réaliste et contemporaine de la charge de travail des enseignants.

Il n’existe pas de solution miracle. Mais il existe des pistes concrètes et réalisables. Peut-être devrions-nous cesser d’annoncer sans cesse de nouvelles réformes, et plutôt évaluer, consolider et améliorer de manière cohérente celles qui existent déjà.

Car la qualité d’une école ne se mesure pas aux réformes sur le papier. Elle se mesure aux personnes qui, chaque matin, ouvrent la porte de leur classe.

 

RTL Carte blanche du 20 mars 2026 Qui veut encore des enseignants

Carte blanche  « Qui veut encore des enseignants ? »

« Qui veut encore des enseignants ? »  Cette question est posée par le pédagogue français Philippe Meirieu dans le titre de son dernier ouvrage. Une question qui résonne comme un avertissement. À l’adresse des responsables politiques. Des parents. De nous tous. Derrière la pénurie d’enseignants se cache une interrogation plus profonde : à quoi sert réellement l’école ? C’est à cette question que Gaston Ternes s’attache dans cette carte blanche.

Une explication mathématique ? Un clic. Un résumé ? Deux secondes. Une solution toute faite ? Générée par une machine. Dans un tel monde, la question semble presque logique : qui veut encore des enseignants ?

Mais ne confondons-nous pas information et éducation, solution et processus d’apprentissage ?

Pour Philippe Meirieu, cette question n’est pas une provocation, mais un constat amer. Les enseignants manquent. Et ce n’est pas seulement un problème de chiffres. C’est le symptôme d’une dérive culturelle. Depuis des années, le même discours revient : «compétences utiles », « adaptation au marché du travail ». L’école devrait produire des résultats rapides, efficaces et mesurables.

Lorsque cette logique domine, l’éducation se réduit à une simple fonction économique. Et l’essentiel se perd. Un enseignant n’est pas un moteur de recherche à visage humain. C’est une présence. Quelqu’un qui encourage. Qui exige. Qui accompagne. L’esprit critique, le jugement, le sens des responsabilités ne tombent pas du ciel : ils s’apprennent et se transmettent. Et c’est là que réside quelque chose de fondamental.

Une démocratie ne peut subsister si ses citoyens se contentent de fonctionner. L’école est un lieu où les jeunes apprennent à réfléchir, à douter, à peser les arguments. Et aussi à comprendre que la valeur d’un être humain ne se réduit pas à son utilité.

Les parents souhaitent pour leurs enfants un métier, certes, mais aussi du discernement, de la confiance en soi. Une véritable éducation.

Les enseignants ne veulent pas seulement appliquer des programmes : ils veulent donner du sens à ce qui est appris. Lorsque ce sens disparaît, le métier perd de son attractivité.

L’intelligence artificielle transforme l’école, mais elle ne remplace pas ce qui est au cœur de l’éducation : la relation, l’attention, la confiance. Derrière chaque médecin, chaque artisan, chaque chercheur, il y a un enseignant qui a allumé une flamme.

Alors : qui veut encore des enseignants ? Nous en avons plus que jamais besoin — non pas contre la technologie, mais pour ce qu’aucune machine ne peut offrir : accompagner les jeunes et les aider à trouver leur propre voie.

L’éducation ne naît pas des algorithmes, mais des êtres humains.

En ce 20 mars, Journée internationale du bonheur, les chiffres alarmants concernant le bien-être des enfants et des jeunes devraient nous rappeler avec force ce message.

Présentation du livre MATHS:Plaisir et réussite_Pour une transition réussie du primaire au secondaire

Livre Maths : Plaisir & Réussite, écrit par Christophe et Gaston Ternes.

Fruit de deux années de travail, cet ouvrage a pour objectif non seulement de faire comprendre les mathématiques, mais surtout de les faire découvrir avec plaisir.

Trop d’élèves perçoivent les maths comme une barrière. Ce nouveau manuel souhaite être à la fois une aide, une source d’inspiration et un outil ludique pour les élèves, les parents et le personnel enseignant.

Il s’adresse aux élèves de septième du système scolaire luxembourgeois ainsi qu’aux élèves des sections francophones des Écoles européennes (niveau S1), mais aussi aux élèves de Belgique et de France (1ʳᵉ année du secondaire).

Par ailleurs, il constitue également une ressource utile pour les classes supérieures, afin de rafraîchir les connaissances de base.

Ce qui rend Maths : Plaisir & Réussite unique :

  1. Plus de 500 exercices résolus en théorie des ensembles, arithmétique, algèbre et géométrie
  2. Résumés en ligne pour un apprentissage autonome
  3. Phénomènes issus du quotidien et de la nature
  4. Sources d’inspiration pour les enseignants
  5. Aide concrète pour les parents dans l’accompagnement à domicile
  6. Méthodes pédagogiques innovantes et numériques

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Carte blanche du 24 novembre 2025: PISA : quand la langue prime sur la compétence

 

PISA : quand la langue prime sur la compétence

Tous les trois ans, l’OCDE publie l’étude PISA, qui compare les performances des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences, et établit des classements internationaux. Le Luxembourg participera de nouveau après six ans d’absence, et les résultats de cette session sont attendus pour fin 2026. C’est le moment idéal, selon Gaston Ternes, pour s’interroger sur la pertinence et la fiabilité de ces comparaisons.

PISA se veut scientifique, neutre et comparable à l’échelle mondiale. Pour garantir cette objectivité, des critères stricts sont appliqués : chaque élève doit passer le test dans la langue officielle de son enseignement. Au Luxembourg, cela signifie l’allemand ou le français dans les écoles nationales, et l’anglais dans les écoles internationales.

Mais les participants doivent choisir une seule langue pour l’ensemble du test. Les deux tiers des élèves luxembourgeois optent pour l’allemand, et doivent résoudre les exercices de mathématiques dans cette langue, alors que cette matière est enseignée en français depuis trois ans. Cette situation révèle combien les critères de l’OCDE sont éloignés de la réalité du système éducatif luxembourgeois, où la relation entre langue et compétence est bien plus complexe.

Des ajustements statistiques ne suffisent pas à compenser ce décalage. Dans la plupart des pays, la langue d’enseignement coïncide avec la langue maternelle ; au Luxembourg, ce n’est pas le cas. Nos élèves ne sont pas moins compétents, mais ils rencontrent davantage de difficultés à comprendre les textes dans la langue du test. PISA mesure donc surtout la compétence linguistique, et non la performance disciplinaire.

Soyons clairs : pour PISA, le multilinguisme est perçu comme un handicap, alors qu’il constitue l’une de nos plus grandes forces. Les élèves capables de passer spontanément d’une langue à l’autre développent flexibilité cognitive, pensée en réseau et aptitude à comparer – autant de compétences essentielles dans une éducation moderne et tournée vers le monde.

Le Luxembourg ne devrait pas se contenter d’être évalué par l’OCDE, mais participer activement à l’évolution de ces études. Les tests PISA devraient permettre de choisir librement la langue selon la matière ou la section. L’évaluation de l’utilisation compétente de plusieurs langues devrait devenir obligatoire, et non limitée à des modules facultatifs qui n’influencent pas le classement. Mieux encore : la capacité à utiliser plusieurs langues de manière flexible devrait devenir un indicateur central.

PISA pourrait ainsi devenir pour le Luxembourg un véritable laboratoire pour l’avenir de l’apprentissage. Une méthodologie adaptée montrerait que penser en plusieurs langues n’est pas un désavantage, mais un atout. Utiliser plusieurs langues dans une matière, en plus de la langue d’enseignement, pourrait transformer la langue en outil plutôt qu’en barrière.

C’est une piste essentielle pour le Luxembourg : montrer que compétence ne signifie pas penser dans une seule langue, mais naviguer avec aisance entre plusieurs.

 

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Carte blanche du 12 septembre 2025: Manifeste pour une école qui construit des ponts

Au Luxembourg, l’école montre aujourd’hui deux visages. D’un côté, l’école nationale avec sa tradition trilingue : luxembourgeois, allemand, français. De l’autre, les écoles internationales, organisées sur le modèle des écoles européennes. Deux systèmes. Deux mondes. Mais une question centrale demeure : quel avenir voulons-nous pour nos enfants ? C’est à cette question que Gaston Ternes consacre cette carte blanche.

La coexistence des écoles nationales et internationales reflète la réalité du pays : plus de la moitié des habitants n’ont aujourd’hui pas la nationalité luxembourgeoise. De nombreuses familles ne restent que peu de temps au Luxembourg. Les écoles internationales offrent dans ce contexte sécurité et continuité.

Mais la réalité est plus complexe. L’école nationale n’est plus simplement trilingue, elle est devenue quadrilingue : l’anglais y occupe une place de plus en plus importante, et les jeunes doivent répondre à des exigences élevées dans quatre langues. Parallèlement, de plus en plus d’enfants ne parlent à la maison ni luxembourgeois, ni français, ni allemand. Ce qui est perçu comme une richesse peut vite devenir un obstacle lorsque la langue complique l’apprentissage.

La création de nouvelles écoles internationales répond directement à des besoins concrets. Mais ne risquons-nous pas, ce faisant, de renforcer l’existence de deux systèmes qui s’éloignent toujours davantage l’un de l’autre ?

Demain, les jeunes se rencontreront dans les entreprises, les institutions ou les associations. Mais auront-ils encore une langue commune ?

Nous sommes aujourd’hui à un carrefour. Allons-nous laisser ces deux systèmes évoluer simplement en parallèle ? Ou aurons-nous le courage d’élaborer une vision commune – une école qui construit des ponts ?

Nous avons besoin d’écoles où les enfants des deux systèmes apprennent ensemble et grandissent culturellement côte à côte. Il ne s’agit ni d’abolir les écoles internationales, ni de copier l’école publique, ni de dénigrer l’un ou l’autre système. Non : il s’agit de dépasser la séparation actuelle, de créer des partenariats entre les établissements, de développer des programmes d’échanges scolaires, des ressources pédagogiques communes et une harmonisation de larges parties des programmes. Les mathématiques, les sciences, le sport, l’art ou la musique pourraient être alignés sans grandes difficultés. Chaque système pourrait apprendre des approches pédagogiques de l’autre. Les jeunes des deux filières pourraient collaborer en ligne.

Mais surtout, il est essentiel de renforcer la mobilité entre les deux systèmes – sans rupture, sans désavantage. Cela suppose des règles claires de reconnaissance réciproque des matières. Des ponts doivent être construits, dans les deux sens, avec des phases ou des années de transition.

Car il en va de bien plus que de l’éducation. Il en va de la cohésion sociale de notre pays. L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage. Elle est le cœur vivant de notre société. Elle doit être un espace de rencontre entre les cultures. Les enfants doivent y apprendre non seulement pour eux-mêmes, mais aussi les uns avec les autres et les uns des autres.

L’avenir s’écrit à l’école. Pas demain. Pas après-demain. Mais aujourd’hui.

Carte blanche du 31 mars 2025: Le rapport sur l’éducation et le paysage scolaire_ Théorie et pratique

Le paysage éducatif au Luxembourg a connu des changements significatifs ces dernières années. Avec l’introduction des centres de compétences, des écoles publiques européennes et de l’alphabétisation en français, le système éducatif répond à une diversité sociétale de plus en plus marquée. Dans cette carte blanche, Gaston Ternes partage son analyse personnelle des conclusions du récent rapport sur l’éducation.

Deux priorités majeures du rapport 2024 sont le renforcement de l’éducation précoce et la généralisation de l’alphabétisation en français.

Que signifie cela concrètement ? Il est avéré que le vocabulaire des enfants de six ans varie fortement, allant de 500 à 13 000 mots. Les enfants ayant un vocabulaire restreint ont ensuite peu de chances de réussir leur parcours scolaire, à moins qu’une intervention ciblée ne soit mise en place. Renforcer l’éducation précoce signifie donner une nouvelle mission aux crèches et aux maisons relais : amener progressivement les enfants à un bon niveau linguistique. Ne serait-il pas pertinent d’impliquer du personnel spécialisé pour accompagner ce processus dès le départ ? L’objectif est de les préparer de manière optimale à l’alphabétisation, qu’elle soit en allemand ou en français.

Une autre priorité du rapport est le développement des écoles publiques européennes. Celles-ci permettent aux élèves de choisir leur langue maternelle comme langue principale et d’apprendre une deuxième langue aux niveaux 2, 3 ou 4. Il est important de noter que, pour utiliser activement une langue dans un processus d’apprentissage, le niveau 2 est le minimum requis.

Les écoles européennes sont attractives car elles proposent un parcours scolaire complet – primaire et secondaire – en seulement 5 + 7 ans, soit une année de moins que le système national. Elles acceptent également les élèves du sixième cycle scolaire (Cycle 4.2) qui n’ont pas été admis dans le parcours classique, mais ne les préparent ensuite qu’au Baccalauréat européen. Ce système ne devrait-il pas également proposer des voies d’apprentissage pratiques, étant donné que le profil des élèves devient de plus en plus hétérogène ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir les élèves qui ne répondent pas aux exigences du secondaire classique chercher des opportunités à l’étranger ?

Cela met en lumière un problème central des deux systèmes, tant national qu’européen. Les compétences manuelles devraient être intégrées dès l’âge de six ans au même titre que les langues et les mathématiques dans les programmes scolaires, afin d’identifier les talents et de développer les compétences. L’erreur du système actuel est de considérer l’artisanat uniquement comme un plan de secours en cas d’échec du parcours classique ! Pourtant, il devrait être valorisé comme une orientation moderne, innovante et précieuse pour tous.

De nombreuses études montrent que la combinaison de la manipulation pratique et de l’apprentissage théorique ne renforce pas seulement la capacité de concentration des élèves, mais rend également l’enseignement plus efficace.

Une révision des programmes dans ce sens est plus que jamais nécessaire ! Combien de temps allons-nous encore attendre ?

Carte blanche du 17 janvier 2025 – La place du bénévolat au Luxembourg

Le thème du bénévolat est bien documenté depuis des années, tant au niveau national qu’international. Partout dans le monde, on observe cependant une diminution de la volonté de faire du bénévolat. Quelle est la situation du bénévolat au Luxembourg ? C’est ce thème que Gaston Ternes aborde avec cette « carte blanche ».

L’accord de gouvernement actuel contient deux pages sur un plan d’action pour le bénévolat. C’est bien ! Le fait est que le bénévolat est en baisse dans tous les pays. Aux Etats-Unis, par exemple, le Bureau of Labor Statistics rapporte que le taux est passé de 29% en 2005 à 23% après COVID. Pour le Luxembourg, le Statec a confirmé en septembre dernier que 35% des résidents font du bénévolat.

Le bénévolat a une composante plus importante que le maintien des services essentiels à la communauté et l’organisation d’activités. Il existe une corrélation positive statistiquement significative entre la cohésion sociale et la volonté de faire du bénévolat. En d’autres termes, plus de bénévolat équivaut à plus de démocratie.

Il convient de noter ces résultats dans le contexte de la récente étude POLINDEX 2024. Elle montre un changement évident dans notre société. Depuis 2018, elle est devenue de plus en plus matérialiste. « Même un régime technocratique et autoritaire serait acceptable, tant que la politique me profite personnellement », résume le professeur Poirier de l’Université du Luxembourg. Le bénévolat peut être un moteur pour un meilleur fonctionnement de la démocratie. Il enseigne les bonnes attitudes et les bons comportements : le respect des autres, l’égalité des droits, la prise de responsabilité.

Comment rendre le volontariat plus visible ? Le modèle rwandais « Umuganda » ne pourrait pas être appliqué tel quel chez nous,. L’ « Umuganda » est organisé par l’État et n’est pas volontaire. Mais nous pouvons nous inspirer de cette idée. « Umuganda », traduit du kinyarwanda en français, signifie “se réunir pour atteindre un objectif commun”. Une fois par mois, les habitants du Rwanda s’engagent à réaliser des travaux communautaires dans leur district.

Pourquoi ne pas introduire cette idée au Luxembourg le 5 décembre, à l’occasion de la Journée internationale du bénévolat? Ne serait-ce pas une excellente journée pour des activités communes, pour l’implication des écoles et des associations ? Nous pourrions ainsi ancrer le volontariat dans notre société. Gabriela Civico, directrice du Centre pour le volontariat européen, met l’accent sur la priorité actuelle: « Le volontariat n’est pas un sujet nouveau, mais nous voulons qu’il occupe une meilleure place dans l’ordre des priorités ». Espérons que ces 2 minutes 30 auront mis en lumière le fait qu’elle a raison.

Carte blanche RTL _ 25 novembre 2024_ Noir ou Blanc!

Noir ou blanc !

La pétition 3176, déposée le 4 novembre au Parlement, a recueilli 4775 signatures : elle vise à interdire les smartphones de manière générale dans l’enceinte des écoles. Les pétitions sont à la mode. A ce sujet, une carte blanche de Gaston Ternes.

 

Les pétitions sont positives en soi : elles donnent au citoyen engagé la possibilité d’exprimer publiquement son opinion, et ceci au Parlement, l’institution des représentants élus qui décident pour nous dans notre démocratie parlementaire.

 

Une question me taraude l’esprit: est-ce que tout est toujours noir ou blanc, sans nuances ? Le débat actuel sur l’interdiction générale des téléphones portables dans les écoles me fait réfléchir : suffit-il de répondre par « bon » ou « mauvais » à des questions complexes ayant trait à l’éducation? Cela n’a aucun sens d’interdire totalement les téléphones portables. De même, cela n’a pas de sens d’autoriser le téléphone portable en permanence et partout ! Le sujet ne s’inscrit tout simplement pas dans une optique binaire, soit 0 ou 1. « Les médias doivent être enseignés et non diabolisés », résumait récemment le psychiatre Serge Tisseron. Les médias ont besoin de règles, qui doivent être enseignées aussi bien en famille qu’à l’école.

 

Ces derniers temps, les questions relatives à l’école, sont pratiquement toujours abordées sous un simple angle de « bon ou mauvais » : les écoles internationales ou les écoles luxembourgeoises, par exemple, sans saisir l’occasion d’échanger systématiquement sur les « meilleures pratiques » des deux systèmes!

 

De nos jours, tout le monde peut communiquer instantanément. Cela se résume souvent à un simple « pouce vers le haut » ou un « pouce vers le bas », voire un emoji pour exprimer rapidement un sentiment. Les nuances passent à la trappe. La complexité de la question est négligée. Aucune recherche de compromis. Pourquoi cette tendance à notre époque… ?

 

L’une des raisons est certainement l’omniprésence des bulles de filtrage, aussi bien dans les moteurs de recherche que dans les médias sociaux. Nos messages sont filtrés. Ils sont adaptés à notre profil. Nous ne voyons que des commentaires unilatéraux et des informations qui correspondent exactement à nos intérêts ; l’algorithme ne nous informe pas sur la position adverse.

 

Si vous n’êtes confronté(e) qu’à votre propre opinion, si vous êtes toujours confirmé(e), alors vous vivez dans une confortable bulle d’opinion. L’activiste américain Eli Pariser nous avait déjà mis en garde en 2011 dans son livre « The Filter Bubble : What the Internet is hiding from you ».

 

Ma première question en soulève des nouvelles : Tolérons-nous simplement que des acteurs majeurs peu scrupuleux d’Internet et des médias sociaux sacrifient toute diversité d’opinion sur l’autel de leur profit ? Ne serait-il pas temps de prendre le contre-pied, à la fois par une explication cohérente du fonctionnement des bulles de filtrage et par un entraînement actif au « débat », de préférence dans le même espace réel ?

 

Carte blanche du 31 mai 2024 – Notre société s’effondre, … et personne ne s’en rend compte ?

Notre société s’effondre, … et personne ne s’en rend compte ?

Notre quotidien est de plus en plus marqué par l’intolérance, les jugements prématurés, les fausses nouvelles et les agressions verbales. Les réseaux sociaux en sont un exemple quotidien. Aucune tranche d’âge n’est épargnée. Ajoutez à cela l’agitation, le stress et les soucis financiers. Notre société toute entière est-elle en train de déraper, … et personne ne le remarque ? Quel est le rôle de la politique ? Gaston Ternes répond à cette question dans sa Carte Blanche.

 

Le sujet d’aujourd’hui n’est pas spécifiquement luxembourgeois, il concerne notre société dite « occidentale », la manière dont nous vivons ensemble, la manière dont la politique l’accompagne. Je vais choisir, parmi une panoplie, 2 exemples très extrêmes, de la manière dont la politique régule dans le premier cas, capitule dans le second !

 

La Grande-Bretagne vient d’adopter une loi visant à expulser les demandeurs d’asile vers le Rwanda. Il y a deux ans, Charles III, alors encore prince de Galles, avait qualifié ce projet de loi de « terrible idée ». Il a signé la loi en tant que roi fin avril de cette année.

 

On est irrité qu’il y ait aussi des voix au sein de la communauté européenne qui acceptent cette solution inhumaine. Il y a une semaine, le chancelier autrichien Karl Nehammer vantait ce « modèle rwandais » britannique ! Comment des personnes censées représenter les valeurs démocratiques peuvent-elles prendre des décisions aussi inhumaines ? Aucun partisan de cette idée ne s’intéresse à la situation au Rwanda lui-même, car ce pays est confronté à son propre problème de réfugiés. Des centaines de milliers de réfugiés rwandais souhaitent depuis des années retourner dans leur pays d’origine. Personne ne parle du taux de chômage dramatique au Rwanda.

 

Citons un autre exemple très différent du premier: la santé mentale de nombreux enfants et jeunes en Europe occidentale n’est pas bonne. L’agitation des enfants se répercute sur la salle de classe. A l’école, de plus en plus de «mesures spécifiques» sont nécessaires pour accompagner les enfants aux comportements inadéquats. Je ressens ces mesures comme des pansements, sans entrer dans les vraies causes.

 

L’âge moyen auquel les enfants sont exposés pour la première fois à des images pornographiques est désormais de 10 ans ! L’accès aux clips vidéo et aux films d’une extrême violence est illimité. Bien trop rapidement, les enfants sont confrontés aux  réseaux sociaux, qui les exposent à la dictature du regard de l’autre et aux critiques destructrices. La politique ici est « aux abonnements absents ». Elle ne réglemente pas.

Au fil des décennies, les gouvernements ont systématiquement placé les valeurs humaines derrière les intérêts économiques. Ils ont fermé les yeux sur les dégâts collatéraux. « La croissance économique se fait au prix d’un effondrement intellectuel, culturel, psychologique et spirituel », écrit très justement l’auteur français Laurent Gounelle dans son récent ouvrage « Le réveil ». Quand allons-nous nous réveiller, quand les politiques se réveilleront-ils et retourneront-ils à leur cœur de métier ?

«Polis», du grec ancien, au sens de façonner et réguler la coexistence harmonieuse, la conscience collective !